La question revient à chaque cadrage de projet, et elle est souvent mal posée. RGAA et WCAG ne sont pas deux référentiels concurrents entre lesquels il faudrait choisir. Ce sont deux objets de nature différente, et comprendre lequel fait quoi évite beaucoup de temps perdu en réunion.
Deux objets, deux fonctions
Les WCAG sont des recommandations internationales publiées par le W3C. Elles définissent des critères de succès technologiquement neutres, organisés en trois niveaux, pour les contenus web. Leur application aux documents et logiciels non web fait l'objet d'un document distinct, WCAG2ICT, qui fournit des indications non normatives. Le W3C publie aussi des documents d'accompagnement et des techniques pour aider à comprendre et à tester ces critères.
Le RGAA est une méthode française d'application. Il ne réinvente pas les exigences : il les traduit en tests concrets et reproductibles, formulés sous forme de questions auxquelles on répond par conforme, non conforme ou non applicable. Là où les WCAG disent « le contenu non textuel a une alternative textuelle », le RGAA détaille quels éléments regarder, dans quel ordre, et ce qui constitue une réponse valable.
La formule courte
Les WCAG fixent les exigences internationales. Le RGAA fournit, pour les pages web, une méthode française de vérification des critères WCAG 2.1 de niveaux A et AA retenus par la norme européenne de référence. Le cadre juridique français ajoute les obligations de publication et de suivi.
La méthode technique RGAA 4.1.2 permet de vérifier les 50 critères de succès WCAG 2.1 de niveaux A et AA retenus dans la norme européenne de référence. Sa grille compte 106 critères répartis en 13 thèmes : images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens, scripts, éléments obligatoires, structuration, présentation, formulaires, navigation et consultation.
Qui est tenu par quoi
C'est là que le choix se fait réellement, et il ne dépend pas de vos préférences techniques mais de votre statut.
Organismes publics et assimilés
En France, l'obligation d'accessibilité des services de communication au public en ligne est notamment portée par l'article 47 de la loi du 11 février 2005 et par le décret du 24 juillet 2019. Sont visées les personnes morales de droit public, plusieurs catégories d'organismes privés liés à une mission ou à un besoin d'intérêt général, ainsi que les entreprises dont la moyenne du chiffre d'affaires annuel réalisé en France sur les trois derniers exercices dépasse 250 millions d'euros. Le texte prévoit aussi des exemptions et la possibilité de dérogations pour charge disproportionnée : le périmètre doit donc être vérifié au cas par cas.
Pour les sites web de ces acteurs, la méthode technique du RGAA sert de référence opérationnelle. Le cadre juridique impose notamment une déclaration d'accessibilité, un schéma pluriannuel de mise en accessibilité d'une durée maximale de trois ans et des plans d'action annuels.
Entreprises privées
Depuis le 28 juin 2025, la directive européenne 2019/882 étend des exigences d'accessibilité à certains produits et services fournis aux consommateurs, notamment le commerce électronique, des services bancaires, certains éléments des transports de voyageurs, les communications électroniques et les livres numériques. Son champ comporte des exclusions et des régimes transitoires, notamment pour les microentreprises qui fournissent des services.
Pour ces entreprises, il faut identifier les textes français et les exigences européennes applicables au produit ou au service concerné. Le RGAA n'est pas automatiquement le référentiel juridique de tous ces secteurs. Il peut néanmoins servir de méthode de contrôle utile pour les pages web, tandis que les WCAG constituent un socle technique international largement repris par les normes européennes.
Le reste
Une entreprise qui n'entre pas dans ces champs peut néanmoins être concernée par d'autres règles, par des obligations contractuelles ou par le droit de la non-discrimination. En dehors d'une obligation RGAA identifiée, la méthode reste un référentiel de travail précis pour améliorer un site français, sans que cela suffise à déterminer à elle seule toutes les obligations juridiques de l'entreprise.
Ce que ça change concrètement dans un projet
Le choix du référentiel a trois conséquences pratiques, et ce ne sont pas celles qu'on imagine.
Sur la méthode de test. Les WCAG définissent les critères de succès et leur modèle de conformité. Le RGAA ajoute des tests et une méthodologie détaillée qui réduisent les variations d'interprétation et facilitent la comparaison des audits.
Sur les livrables. Ce n'est pas la méthode technique seule, mais le cadre juridique français, qui impose aux organismes concernés une déclaration d'accessibilité standardisée, la publication des contenus non accessibles et un dispositif de contact et de recours. Les WCAG, prises seules, ne créent pas cette obligation documentaire.
Sur le périmètre testé. Un audit RGAA de site s'appuie sur un échantillon représentatif comprenant des pages obligatoires lorsqu'elles existent, des types de contenus et de services, ainsi que les pages d'un processus. Un audit WCAG doit lui aussi définir un périmètre explicite et respecter les exigences de conformité relatives aux pages complètes et aux processus complets.
Et si votre site est international
La situation la plus courante chez les éditeurs et les agences : un produit unique, des clients dans plusieurs pays, des réglementations locales qui divergent dans la forme. La stratégie qui tient dans la durée consiste à viser les WCAG au niveau AA comme socle unique de conception, puis à vérifier avec le référentiel local quand une obligation déclarative existe.
Une grande partie du travail peut être mutualisée, mais les exigences ne sont pas nécessairement identiques d'un pays, d'un secteur ou d'un type de produit à l'autre. Il faut donc vérifier le référentiel, la version, le périmètre et les livrables exigés dans chaque contexte.
Là où l'automatisation aide, et là où elle s'arrête
Critera exécute des contrôles automatisés associés à 76 des 106 critères RGAA : présence d'attributs, structure des titres, langue déclarée, étiquettes de formulaire ou contrastes calculables, par exemple. Cette couverture ne signifie pas que ces 76 critères peuvent tous être déclarés conformes sans validation humaine : un même critère peut combiner des vérifications automatiques et contextuelles. Les autres critères sont traités en revue manuelle.
Un pré-audit automatisé fournit rapidement des constats et aide à prioriser les corrections. Comme le rappelle le W3C, aucun outil seul ne peut déterminer si un site respecte un standard d'accessibilité. Il ne produit donc pas un état de conformité déclarable et ne remplace pas l'audit complet nécessaire à une déclaration d'accessibilité.

